Reconstruire un Forban en 1990

Texte de A. Brulé

  En août 1989, La Trinité sur Mer accueillait le premier rassemblement morbihannais de voiliers traditionnels. A bord du Job, cotre aurique de six mètres, Jean François Le Lem représentait le Bono avec trois copains : Jean Luc Deimat, Eric Jean et Gilles Leclerc. De son coté, René Le Grégam avait embarqué à bord d’un sinagot.

  La mise en place récente du concours « bateaux des côtes et fleuves de France » patronné par le Chasse-Marée, Ouest-France et Le Marin, dont l’objectif était de voir chaque port restaurer ou reconstruire puis armer le bateau traditionnel témoin de son identité amena tout naturellement nos compères à songer aux forbans sur lesquels les grands-pères de certains avaient navigué.

De son coté, Jean Lacombe, maire du Bono depuis quelques mois, vit dans ce concours un moyen de promouvoir la commune. Les ingrédients nécessaires au lancement d’un projet étaient réunis.

  Créée en septembre 1889, présidée par René Le Grégam, l’association Le forban du Bono se mit immédiatement à l’ouvrage. Au noyau d’initiateurs vinrent notamment s’associer des passionnés du patrimoine maritime : Alain Brulé et Claude Maho, un charpentier de marine : Jean Pierre Bardouil, puis des spécialistes de la plaisance et de la course au large : Florence De Fligué et Patrick Tabarly.

 

  Faute de plans d’origine, de gabarits ou de demi-coque de chantier, le premier souci fut de trouver les informations nécessaires au tracé des plans du futur forban. De quoi disposions-nous ?

  • d’une esquisse accompagnée de détails de construction et d’échantillonnages  réalisée à main levée par Firmin Brizard, ancien charpentier de marine de Saint-Goustan, ayant fait son apprentissage au chantier Querrien où il avait connu les derniers forbans ;

  • du certificat de jauge du Quatorze Août (A 186), dernier forban construit au Bono en 1918.

  • d’une trentaine de cartes postales ;

  • des souvenirs de nos anciens chez qui nous avons toujours reçu le meilleur accueil.

  Ces documents permirent d’abord à Claude Maho de réaliser une maquette, puis à Yann Mauffret du chantier du Guip de l’île aux Moines d’établir les plans.

  Dans le cadre d’une convention tripartite entre l’association Le Forban du Bono, le chantier du Guip chargé de superviser les travaux et le centre AFPA d’Auray, Notre Dame de Béquerel fut construite de novembre 1990 à juin 1991, à Saint-Goustan, par les stagiaires charpentiers de marine sous la direction de Jean Pierre Bardouil.

La fabrication des ferrures fut confiée aux élèves ferronniers du Lycée professionnel Du Guesclin d’Auray sous la direction de Jean Camenen.

  Le bateau fut mis à l’eau de façon traditionnelle à Saint-Goustan le samedi 15 juin 1991 puis béni le 13 août dans le cadre de la première fête maritime organisée au Bono.

  Quel nom pour ce forban ? A partir de l’analyse des noms anciens, quatorze propositions furent soumises aux bonovistes. Trois cents d’entre eux répondirent. En dehors de toute connotation religieuse, Notre Dame de Béquerel était manifestement le seul nom à ne pouvoir s’appliquer qu’à un bateau du Bono et celui qui correspondait le mieux à l’époque qui fit le renom de la flottille.

  Josette Querrien Frankiewich, petite fille de l’ancien charpentier de marine, Joseph le Douaran et Auguste le Moisan acceptèrent d’en être marraine et parrains.

L’hiver 91-92 fut consacré au gréement ; Henri le Corvec et Jean Claude Le Grégam assurant en spécialistes le matelotage.

Le premier essai sous voiles eut lieu de 20 février 1992 suite à quoi le forban fit une arrivée solennelle au Bono en présence du secrétaire d’état à la Mer le 7 mars.

Commença alors une période d’apprentissage et de préparation aux fêtes de Brest 92.

 

Après trois années d’efforts, la consécration était au rendez-vous pour l’association  qui se déplaça massivement à Brest et Douarnenez, entrainant de nombreux bonovistes dans son sillage. Elle reçut quatre prix :

  • 3° prix des bateaux creux de plus de 8 mètres,

  • 4° prix de voilure,

  • Une mention spéciale pour la tenue de l’équipage et l’authenticité,

  • Une mention pour la mobilisation culturelle locale.